On peut toujours écrire, On peut toujours lire...

Propositions d’écriture de Claude Ber

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jeudi 2 avril 2020
par Claude BER


Propositions d’écriture de Claude Ber

PROPOSITION 1

On peut toujours écrire…

« alors se produit l’imprévu :
le silence se convertit en paroles »

Roberto Juarroz

Quelles paroles, quels mots suscitent en vous « l’imprévu », celui d’une situation inattendue, d’une surprise, d’une rencontre, d’un geste, d’une scène aperçue, de sons entendus…

TEXTE À LIRE

Une invasion de paroles
tente d’assiéger le silence,
mais, comme toujours, échoue.
Elle essaie alors de coincer les choses
qui habitent le silence,
mais n’y arrive pas davantage.
Elle va finalement encercler les paroles
qui cohabitent avec le silence,
alors se produit l’imprévu :
le silence se convertit en paroles
pour mieux protéger les paroles
qui cohabitent avec lui.

Et pendant que l’invasion des autres paroles
se dissipe comme un souffle furtif,
l’insolite s’accomplit :
les paroles qui restent
ressemblent alors beaucoup plus au silence
qu’aux autres paroles.

(...)

Il ne suffit pas de lever les mains ..
Ni de les abaisser
ou de dissimuler ces deux gestes
sous les embarras intermédiaires.

Aucun geste n’est suffisant,
même s’il s’immobilise comme un défi.

Reste une seule solution possible :
ouvrir les mains
comme si elles étaient des feuilles.

Roberto Juarroz Onzième poésie verticale, Éditions Lettres Vives,

PROPOSITION 2

Entre dedans et dehors la fenêtre
Qui joint et sépare
Par la fenêtre…que voyez-vous, qu’entendez-vous, que regardez-vous ?
Penchés à la fenêtre que ressentez-vous, qu’attendez-vous, à quoi pensez-vous, à quoi rêvez-vous ?
Que se passe-t-il à la fenêtre ?

TEXTE À LIRE

FAÇADE

Par la fenêtre
La nouvelle
Entre
Vous n’êtes pas pressé
Et la voix douce qui t’appelle
Indique où il faut regarder
Rappelle-toi
Le jour se lève
Les signes que faisait ta main
Derrière un rideau
Le matin
A fait une grimace brève
Le soleil crève sa prunelle
Nous sommes deux sur le chemin

Pierre Reverdy Plupart du temps, I (1915-1922) Poésie/ Gallimard

Messages

  • L’imprévu d’un sourire

    Le sourire de la caissière cachée derrière sa paroi de verre,
    Le sourire avec un voisin partant promener ses chiens,
    Le sourire au petit bonhomme qui passe, juché sur son fier destrier à quatre roues.

    Si le virus mortifère nous laissait l’imprévu d’un bénéfice en héritage,
    S’il nous guérissait de l’agressivité normalisée, de l’amabilité sinistre,
    S’il nous réapprenait simplement la toute puissance d’un sourire.

    Un sourire donné,
    Un sourire échangé,
    Un sourire partagé.

    L’imprévu d’un sourire.

  • Texte proposé par Ambre, option HLP

    À la fenêtre…

    Le chant d’une tondeuse au loin me rappelle que le printemps n’est pas loin. Il est arrivé sans que nous puissions le fêter, coincés derrière la vitre fermée. Il ne tient qu’à moi de l’ouvrir et de la dépasser. Avec mes yeux, mon cœur, mes sens éveillés.
    Cher printemps que j’imagine balbutiant. Tu m’offres à la vue des bourgeons naissant. Leurs couleurs s’échappent timidement, attendant que le soleil les chauffe pour s’épanouir doucement. Le parfum de l’herbe fraichement coupée me chatouille le nez. L’air encore froid caresse mes bras dénudés. J’ai envie de m’y étirer comme mon chat insoucieux dans notre confinement programmé.
    Des silhouettes passent furtivement, coupables sans doute de marcher, craignant de se faire épingler. J’aimerais partir avec eux, quitter ma chaise et ma fenêtre, parcourir les rues sinueuses, retrouver mes amis, parmi le bruit de la foule, de la rue, des voitures, de la vie.
    Les oiseaux chantent pour moi. Ils me disent que ça ira. La vie est bien là.
    Tandis que la nature reprend ses droits, qu’elle exhibe ses couleurs et ses voix, je me recroqueville sur nos aléas…
    Ma fenêtre s’ouvre sur des promesses. Les tiendra-t-elle pour moi ? Pourrais-je demain, bientôt, un jour, reprendre mon existence où je l’ai laissée, et ne pas fêter mes 17 ans derrière ce verre lustré ?
    Je devrais savourer mon insouciance, je ne devrais même pas regarder à travers une fenêtre entr’ouverte. Je devrais ne pas y penser, rester plongée dans mes pensées d’étudiante inspirée.
    La cage est ouverte, mais l’oiseau ne peut pas s’envoler. Si je le pouvais, c’est au-dessus des clochers des églises et des toits que je volerais ! Traversant l’atlantique, traversant le monde, foulant les planches d’un théâtre, usant les bancs d’un cours : rencontrer, apprendre, partager, rire aux éclats, se prendre dans nos bras, courir, chanter, hurler, danser !
    Demain on pourra… Demain on pourra…
    Par la fenêtre, je vois les jours passer, pourtant paisibles et confortables. Je me sais chouchoutée, protégée. Je ne risque rien, ou si peu. Je me sens aimée, entourée. Derrière ma fenêtre, rien ne peut m’arriver. Alors je me redresse, j’ouvre les deux portes plus grandes, je me lève et je passe mon torse au-delà des frontières. J’ouvre les bras, je ferme les yeux, et je ressens :
    La vie qui pousse, l’amour qui passe, le monde qui se bat et moi qui attend. Le soleil chauffe maintenant mon visage, la tondeuse fait silence, les oiseaux prennent place et chantent encore plus fort. J’entends même mon cœur battre dans le vent. Je ne fais plus qu’un avec les éléments.
    Une fenêtre ouverte sur le monde est un trésor : A défaut d’une vue sur la mer, c’est face à l’espoir que je m’endors.

  • Texte proposé par Anne, option HLP

    Oh, Oxymore, Suis-je à la porte de la vie ou de la mort ?

    Zéphyr me fait sentir la beauté de la vie
    La nuit me rappelle à quel point elle est futile.

    Là-bas, une fille assise sur un banc pleure son amant,
    Ici, un homme pleure ce nouveau monde qui déjà se meurt,
    L’étincelle d’espoir se consume entre mes doigts et la fumée qui l’accompagne s’étend
    au fin fond de mon âme.
    Ce soir, je vois la terre reprendre des droits,
    Ce soir, je vois les hommes regretter leurs choix,
    Ce soir, c’est à son bord que j’espère apercevoir la lueur de ton regard,
    Quelques traits de ton sombre visage qui éclaircit
    Tous les cauchemars de la vie d’un enfant trop sage.
    A mon grand regret, je ne vois que les banalités d’un monde de songes et de mensonges.
    Oh Famine, il n’y a ici que de tristes mines, je m’en vais quitter notre idylle.
    Ma vision change, je regarde à travers cette ouverture les étoiles.
    Et soudain celle-ci s’éclaircit, mes yeux s’animent et scintillent,
    Ton absence crée ma haine et si comme les grands sages le disent l’étoile que je contemple est un de mes parents parti au combat...
    Alors c’est un message de paix que je t’envoie.
    Ici je sens l’espoir, je pleure l’absence, je cherche ma légende personnelle, et je souris à la nuit qui avec mon cœur compatit.
    Oui, ce soir, je suis hypnotisé par les étoiles,
    Oh, Oxymore, suis-je à la porte de la vie ou de la mort ? de l’enfer ou du paradis ?
    Avant que le jour ne se lève, je jette un dernier coup de plume sur ces pages auxquelles je me confie, seule, à ma fenêtre, sans un bruit.

  • Texte proposé par Matthieu, élève de 4ème

    « Imprévu », ce mot est utilisé pour décrire une chose qui nous prend par surprise.
    L’imprévu est une situation inédite à laquelle personne ne s’attend et qui par conséquent provoque un sentiment de peur et d’angoisse. Je me rends compte que ce simple mot était finalement peu présent dans ma vie quotidienne. Le peu d’imprévu que je côtoyais se résumait à l’absence de certains de mes professeurs, à des changements d’emploi du temps, à des interrogations surprises, à prendre un chemin inconnu … Bref, pas beaucoup d’imprévu dans mon existence bien planifiée de collégien !
    Et puis voilà, mon petit train-train quotidien a basculé avec l’arrivée du Covid-19. En quelques jours, j’ai dû faire face à plus d’imprévus que je n’avais rencontrés jusqu’à présent. Je ne parle pas ici d’un accident, d’un contretemps, d’une complication, d’un évènement inattendu mais d’un véritable tsunami qui a balayé tout mon quotidien. Je ne vais plus au collège, je ne sors que pour faire le tour de mon immeuble, je ne vois plus mes amis, mes seuls contacts se font par écran interposé…. Bref, le monde entier s’est arrêté comme figé dans le temps, pris au dépourvu. L’imprévu, ce visiteur indésirable, a bouleversé toute mon existence.
    Il m’a fallu apprendre à vivre avec lui. Au fil des jours, l’imprévu est entré dans mon quotidien. Une question me tourmente, peut-être devrais-je le voir non pas comme un ennemi mais plutôt un ami me forçant à regarder les choses sous un nouvel angle, un champ de vision invisible jusqu’à maintenant. J’ai alors été plus sensible à tout ce qui se passait autour de moi. Les petites choses comme le chant des oiseaux, une voiture qui passe, un coucou par la fenêtre à un ami, un coup de fil de mes proches, suscite désormais en moi des sentiments de bonheur et de joie. Finalement, cet imprévu me permet de me recentrer sur les vraies valeurs, d’apprécier la chaleur des contacts humains, d’être attentif au monde qui m’entoure et de redécouvrir des plaisirs simples.
    Une chose est certaine : il y aura un avant et un après, notre mode de vie ne sera jamais plus tout à fait le même.

  • Silence à la fenêtre

    A peine le balancement de l’arbre dans le vent
    Paisiblement
    Dans l’immobilité du temps
    Attendre
    Nous n’aurions pensé vivre un tel moment.
    Le bruissement des mots et toutes les images du monde, de l’intérieur troublent la fenêtre
    Visions de brumes et de silences, de bruits et de rumeurs, fébriles
    Loin, si loin, êtes-vous, les autres
    Inventé le rire de l’enfant laissé au loin
    Attendre
    Nous n’aurions pensé vivre un tel moment.

    Silence à la fenêtre

    Corinne L.

  • Par la fenêtre grand ouverte
    Elle regarde d’ un oeil distrait
    La ville déserte et silencieuse.

    Les étincelles du Ciel
    Le froissement des ailes des oiseaux
    L’emmènent loin, très loin.....

    Ivre de liberté
    Elle prend son envol
    Loin de la terre des Hommmes.

    Elle franchit
    les confins du monde connu

    L’ Air subtil et léger
    Enivre le désert de son âme
    Et les mots jaillissent du silence de son coeur.

  • Texte proposé par Mireille, enseignante

    Par la fenêtre grande ouverte
    Je ne regardais que d’un œil distrait
    La ville déserte et silencieuse
    Les étincelles du Ciel
    Le froissement des ailes des oiseaux
    M’emmenaient loin, très loin.....

    Le printemps approchait
    Ivres de liberté
    Les oiseaux volaient

    Je volais à leurs côtés
    Loin de la terre des Hommes

    Je respirais

  • La fenêtre est grande ouverte
    pour tout accueillir.
    Je la ferme à demi,
    pour laisser un passage (sons, air, lumière crue),
    mais créer un abri.
    Je tire le rideau,
    il s’enroule comme un cocon.
    Quand j’ai assez longtemps humé,
    je ferme la fenêtre ;
    la pièce retrouve ses parfums.

    Jade Massonnat, CMI.

  • Celle de la chambre
    salue le soleil du matin
    et sa révérence l’inonde
    d’une clarté sans ambages.

    Merci pour ce réveil orchestré
    première mesure d’une journée
    qui cherche vaillamment son déroulé !

    C’est derrière les volets entrebâillés du séjour
    que viennent les questions, que peut monter l’angoisse :
    surtout jeter un oeil sur le potager
    qui est en train de prendre forme,
    en bas, en lisière de l’immeuble.
    Le terreau fait frémir les verts tendres.
    Cette mère et son fils jardinaient-ils autant l’année dernière ?

    Je ne sais pas, je n’étais pas là encore...
    En fin d’après-midi, je laisse pénétrer la chaleur de la balustrade
    la plus à l’ouest à l’intérieur de mes paumes.
    Lumière tamisée, enveloppante
    dans cette cuisine riante et colorée.
    La fenêtre laisse voir le petit théâtre de ceux d’en face
    - l’un s’étire, l’autre répare son muret- et me renvoie au mien :
    Où est la râpe à muscade, et le paprika ?

    Loin de moi les fenêtres qui, il y a deux mois, limitaient mon champ de vision à la cime de sombres conifères.

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